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Voyage au Kurdistan et à Istanbul du 17 août au 3 septembre 2016

ZAZLOOZ

Mercredi 17 août: départ pour Mardin ville du Kurdistan turc, ville où de nombreuses populations vivent (Assyriens, Arabes, Kurdes, Turcs), ville historique magnifique où nous resterons cinq jours.
C'est ici que nous avons appris nos premiers mots de kurde, rencontré la famille de Vedat, découvert une ville perchée sur la montagne, bu des çay (thés) à n'en plus finir et animé nos premiers ateliers de musique avec des enfants.
A Mardin, la municipalité nous a accueillis généreusement. Nous devions faire deux après-midi d'éveil musical avec des enfants, prendre un cours d’Erbane (une percussion kurde) avec un percussionniste de Mardin et faire un concert dans une salle appartenant à la mairie. Vedat avait aussi envie de nous faire découvrir et rencontrer ses amis musiciens et donc de nombreuses soirées ont été passées sur les terrasses de la ville à écouter les gens jouer du saz et chanter dans toutes les langues (assyrien, farsi, arabe, kurde…).
Pour tout événement organisé par la mairie, celle-ci doit demander une autorisation à la Préfecture de Police, une autorisation a donc dû être envoyée pour notre concert mais cette dernière a été refusée. Le personnel de la mairie nous a donc demandé ce que nous voulions faire: jouer et prendre le risque d'être interrompu pendant le concert ou ne pas jouer du tout. Après avoir discuté un moment, les gens nous disant qu'ils prenaient la responsabilité s'il arrivait quelque chose, nous avons fini par dire que nous allions jouer. Le premier concert s'est finalement passé sans aucun soucis avec un public nombreux.
Entre la musique, les thés, les rencontres…nous nous baladions dans le bus que la mairie nous avait réservé, avec Baki comme chauffeur, dans la ville et dans les villages alentours.

Sur les routes, la police et l'armée turque sont présentes partout et n'ont aucuns scrupules a arrêter les gens, à n'importe quel moment.
Sur les routes, on peut aussi observer les fascistes turcs qui s'implantent en imposant leur drapeau, là où ils veulent.
Sur les routes, on peut apercevoir les camps de réfugiés Yézidis sur les collines.
Sur les routes on peut attendre et devoir faire demi tour.
Sur les routes, on remarque les nombreuses bases militaires implantées sur tout le territoire du Kurdistan.

Deuxième ville, Amed (Diyarbakir), capitale du Kurdistan turc.
Nous sommes accueilli par le Conservatoire Aram Tigran. Ici, nous organisons deux après-midi d'ateliers musicaux avec les élèves (en groupe et divisés selon les instruments ). Suivent ensuite un cours de Bilur (flûte anatolienne), de Kemanche (vièle d'origine persane) et de violon oriental. Un musicologue kurde nous parle des modes utilisés dans la musique de cette région. Le directeur du conservatoire nous montre la nouvelle méthode qu'ils viennent de créer pour tous les élèves.
Nous avons également la chance de pouvoir rencontrer et écouter des Dengbêj (équivalent des griots chez les kurdes) dans un lieu historique bâti en pierres volcaniques et réhabilité depuis peu spécialement pour les Dengbêj. Nous avons ainsi pu écouter des chants provenant de diverses régions du Kurdistan, racontant des histoires d'amour, d'exil, de souffrances et de nature.
Malgré sa politique culturelle et de parité impressionnante (le conservatoire est gratuit pour tous, les institutions sont toujours dirigées par un homme et une femme) dû à la présence du HDP (parti majoritaire chez les kurdes depuis 10 ans à la tête de la mairie), la ville n'en reste pas moins une ville sous totale occupation. Des jeeps blindées à tous les coins de rues, des policiers armés retranchés derrière des murs blindés, des canons à eau prêts à l'emploi, des parties de la vieille-ville inaccessibles car bombardées par l'armée d'octobre 2015 à mars 2016, un contrôle permanent qui peut être effectué sur n'importe qui et n'importe quand. Une atmosphère très tendue s'en émane en permanence et on sent qu'une grande tristesse touche la population.
Le concert qui était prévu dans une salle de la mairie est annulé car nous sommes dans les trois jours de deuil officiel qui suivent l'attentat à Gaziantep pendant un mariage kurde.

Deux jours plus tard nous partons en direction de Dersim (la ville d'origine de Feriyat). Au programme: un concert de prévu dans un café au bord du Munzur (un des principaux fleuves du Kurdistan). Nous découvrons avec étonnement que la majorité des habitants kurdes de Dersim ne parlent pas kurde mais turc. Cela est dû à l'assimilation engrangée par l'Etat depuis une cinquantaine d'année afin que dans les institutions de cette ville le kurde ne soit plus du tout parlé.
Nous sommes accueillis et hébergés par le patron du restaurant et pour notre plus grand plaisir, Zelal, Welat et Memet (des amis rencontrés à Mardin) nous rejoignent pour passer ces deux jours avec nous. Le concert se déroule sans problème (malgré le matériel sonore bloqué à un barrage de l'armée) et après avoir piqué une tête dans le Munzur (rite obligatoire pour toute personne allant à Dersim) nous retournons à Mardin où nous attend un avion le lendemain, direction Istanbul.

 

Au revoir le Kurdistan, et nous voilà à Istanbul, dernière étape de notre voyage pour une semaine. Ici aussi, de belles rencontres sont au rendez-vous. Berfin une amie de Vedat nous héberge pendant toute la durée de notre séjour à Kadiköy (rive asiatique de la ville). Entre les trajets en bateau et la marche intensive dans le quartier de Taksim, nous découvrons une ville très occidentalisée parsemée de drapeaux turcs et de messages nationalistes.
Pendant cette semaine aux allures parfois touristiques, nous ferons un concert dans un bar branché et un autre dans un petit café kurde dans lequel une jolie salle de concert nous attend. S'ensuivent quelques concerts dans la rue ainsi que des petits moments de répétitions, notamment dans le magnifique centre culturel kurde d'Istanbul qui surplombe la ville !
Dernière journée, nous participons à l'achat d'un violon pour Zelal, la sœur de Vedat qui commence en septembre ses études de musique à l'Université. Retour au petit café où une soirée de chants, de musique et de danse se prépare. Les voix de Berfin et Vedat résonnent toute la nuit comme ultime souvenir de ce magnifique voyage.